Manga

Ikigami, Préavis de Mort – Motoro Mase

« Ikigami, Préavis de Mort » est un manga de Motoro Mase. Auteur de Kyo-Ichi, de Heads et du plus récent Demokratia, la psychologie est au cœur de ses œuvres.

Paru au Japon entre 2005 et 2012, ce manga en 10 volumes est édité en France par Kazé à partir de 2009 et jusqu’en 2012, avant de recevoir en 2015 une nouvelle édition Ultimate, composée de 5 volumes doubles.

Synopsis : Depuis plusieurs années, le pays possède une loi dite « Loi pour la sauvegarde de la prospérité nationale ». Dans le cadre de cette loi, en entrant à l’école primaire, chaque enfant reçoit le « vaccin de prospérité nationale ». Selon toute une procédure, un enfant sur 1000 ne reçoit non pas la même injection inoffensive que les autres enfants mais une différente qui provoquera sa mort quelques années plus tard. En effet, un enfant sur 1000 se voit injecter une nano-capsule spéciale dont l’éclatement programmé provoquera sa mort à un instant précis entre ses 18 et 24 ans.
L’idée avouée de cette loi est de donner à la population la peur de la mort afin de revaloriser la valeur de la vie et ainsi diminuer la délinquance et les actes criminels. Un jeune adulte sur 1000 décède donc en héros sacrifié pour le bien de tous.
L’élu ne sera averti de son sort que 24h avant sa mort. Kengo Fujimoto est en charge de la livraison de l’ikigami (le préavis de mort) sur un secteur.

Que feriez-vous de vos dernières 24h ?

Rares sont les habitants qui reçoivent l’ikigami le cœur empli de joie. La réaction la plus habituelle est le véritable choc, évidemment. Souvent d’abord incrédules, ils remettent ensuite très vite leur courte vie en questions. Leurs décisions étaient-elles les bonnes ? Leurs choix étaient-ils justes ? Les sacrifices qu’ils ont fait en valaient-ils la peine ? L’imminence de la mort leur fait prendre soudainement un recul énorme sur eux-mêmes et sur la vie et ils voient certains de leurs choix sous des angles neufs. Mais il ne leur reste que 24h à vivre… Que faire de ce petit ultimatum restant ?
Entre la tristesse, la colère, la résignation,… Les malheureux sentent qu’il y a une lourde réaction à avoir mais laquelle a réellement du sens dans une situation pareille ?

Là où tout est évidemment très paradoxal c’est que cette loi a, a priori, comme but de redonner aux habitants la valeur de la vie mais que cela ne les préserve manifestement pas de passer à côté de leurs aspirations profondes. Un risque sur 1000 de décéder, cela reste toujours une probabilité relativement faible et autant dire que c’est une donnée que les habitants ne prennent pas en compte, tant ils ne pensent pas que cela pourrait tomber sur eux.

Ce pays…

Si au départ le manga nous conforte dans un rythme routinier qui ne nous invite pas à nous positionner au sujet de cette loi, rapidement la lecture nous plonge dans des interrogations autour d’elle et de son but.
Le souci est qu’il est évidemment interdit de s’y opposer, ou même de tenir des propos qui la remettent un peu en question. Les opposants au régime mis en place sont appelés des « dégénérés » et prennent le risque d’être tout bonnement mis à mort. Sachant que le régime pousse les habitants à dénoncer les dégénérés, vous conviendrez que le climat est plutôt pesant.
Kengo Fujimoto est évidemment confronté quotidiennement de très près à la loi et à ses conséquences sur les habitants et le bien fondé de tout ce système n’est pas toujours une évidence pour lui. Mais, alors que son emploi l’amène inévitablement à se poser des questions, il occupe en même temps un poste qui est très surveillé.

Ce pays et ses rouages se dévoilent peu à peu et on comprend que l’on se trouve au coeur d’une dystopie.

Être en accord avec soi-même

Si Kengo Fujimoto exprime au départ assez librement ses doutes quant à la politique mise en place, avec les renforcements et contrôles approfondis qui s’opèrent par la suite, il se retrouve de plus en plus contraint à garder pour lui ses interrogations et à se conformer à l’Etat. Avec un tel contrôle de la pensée, il adopte peu à peu un comportement qui diffère de ce qu’il a au fond de lui.

Parallèlement, les personnes qui reçoivent l’ikigami se retrouvent aussitôt connectées à elles-mêmes, à leurs aspirations. La mort pour la nation est programmée pour arriver entre 18 et 24 ans, par conséquent ce sont des jeunes adultes qui sont désignés, des personnes, pour ainsi dire, « entre deux âges ». Souvent encore chez leurs parents, ils n’ont pas tous trouvé leur place ou su s’imposer dans la société. Ils se voient souvent forcés de garder pour eux, voire d’abandonner leurs rêves et de vivre la vie qu’on leur impose, ce qui est la cause de bien des regrets au moment où ils reçoivent l’ikigami.

Dans ce manga nous trouvons, à la fois, beaucoup d’émotion au cours des livraisons d’ikigami mais aussi un climat pesant, limite angoissant, du fait du contexte dystopique dans lequel se déroule l’histoire. Les deux font un très bon mélange d’autant que la façon dont ils sont amenés aide à rendre l’univers crédible, à lui donner de l’humanité.

Il s’agit du seul manga de Motoro Mase que j’ai lu mais je suis désormais intriguée par ses autres œuvres. Je pense que Demokratia, notamment, fera partie de mes prochaines lectures.

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